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Les hommes ayant des troubles dépressifs actuels

La recherche - Dans ce groupe se trouvent les plus jeunes hommes de la population à l'étude (moy.: 37 ans). Ceux-ci souffrent ou ont souffert de troubles affectifs et ont peu utilisé les services au cours de la dernière année. Ces personnes sont généralement sans domicile fixe et ont, en moyenne, 3,5 personnes dans leur réseau social. Une forte proportion des personnes de ce groupe ont été atteintes de troubles mentaux au cours de la dernière année.

La clinique - Claude a 40 ans. Il a été vu dans un refuge de nuit pendant environ six ans, où il saluait poliment les intervenantes du CSSS mais évitait toujours de leur parler. Les intervenants du refuge le décrivaient comme quelqu'un de tranquille qui ne "dérangeait jamais". L'hiver dernier, il a commencé à consulter l'infirmière pour des symptômes grippaux. Peu à peu, il a développé des liens avec les deux intervenantes du CSSS et il était toujours d'accord pour que la travailleuse sociale soit présente lorsqu'il consultait l'infirmière. Lors d'une rencontre, alors qu'il s'informait à propos de la vaccination contre l'influenza, il a confié avec tristesse que son mode de vie n'était pas un choix sans toutefois donner davantage de détails. Au fil des rencontres, il s'est livré davantage. Un soir, il a admis être épuisé physiquement et avoir trouvé l'hiver particulièrement difficile. Néanmoins, d'une rencontre à l'autre, il remettait toujours à plus tard l'occasion d'entreprendre des démarches pour sortir de la me. Lors des entrevues, les intervenantes ont constaté des signes de dépression, soit de l'apathie, une perte d'appétit et un sommeil difficile. Cependant, lorsqu'elles partageaient leurs observations avec Claude, jamais celui-ci ne reconnaissait son état dépressif. En respectant le rythme de Claude, les intervenantes ont réussi à l'amener à fréquenter les locaux du CSSS. Ces visites ont permis de renouveler sa carte d'assurance maladie. Elles ont aussi permis d'approfondir l'évaluation de sa situation et d'établir un lien de confiance. La travailleuse sociale a alors présenté à Claude différentes possibilités d'hébergement. Après un an et demi de consultations au CSSS, Claude habite un studio dans une maison d'hébergement avec support communautaire. Il reconnaît maintenant que sa venue à la rue coïncidait avec une dépression majeure dont il

avait toujours nié les symptômes et pour laquelle il avait refusé tout suivi. Actuellement, il est suivi par la psychiatre de l'équipe et revoit régulièrement les infirmières.

Une grande majorité des personnes souffrant de dépression ne reçoivent pas de services. Il importe que les infirmières, tout comme les autres intervenants, soient à l'affût de ce type de problèmes de déni des symptômes qui peuvent prendre des proportions inquiétantes chez une clientèle déjà vulnérable. En ce sens, il faut faire preuve de patience et de disponibilité puisqu'il n'y pas toujours l'expression d'une demande ou d'un besoin. Au travail de proximité et de maintien de la relation s'ajoute donc, pour les infirmières, une fonction de vigie et de surveillance qui permettra d'offrir une réponse adéquate, au moment opportun.

Les hommes présentant des signes de comorbidité

La recherche - Les hommes de ce groupe sont très jeunes (37 ans). Ils souffrent de troubles affectifs et une majorité d'entre eux n'ont pas eu recours aux différents services au cours de la dernière année. Le réseau social se compose, en moyenne, de 3,5 personnes. Plus de la moitié de ces personnes ont souffert de troubles de personnalité au cours de leur vie, que ce soit au cours de la dernière année ou antérieurement.

La clinique - Paul a 45 ans et il vit depuis deux ans des épisodes d'itinérance à la suite de l'accumulation de lourdes pertes. Il souffre d'un trouble bipolaire et présente plus d'épisodes de dépression que d'hypomanie. Ce diagnostic a été établi pour la première fois il y a un an par la psychiatre de l'Èquipe-Itinérance. Lors de ses épisodes dépressifs, Paul a tendance à surconsommer de l'alcool. Cette année, pendant la période des Fêtes, il se sentait particulièrement triste et a bu énormément. Mal chaussé, il s'est gelé un pied et deux de ses compagnons l'ont amené à l'urgence d'un centre hospitalier. Le médecin a constaté qu'il présentait une engelure sévère, mais l'a dirigé vers l'Èquipe-Itinérance du CSSS parce que Paul n'avait pas sa carte d'assurance maladie. Le lendemain, devant la gravité de l'engelure, les infirmières de l'Èquipe-Itinérance l'ont dirigé vers un autre centre hospitalier déjà connu de Paul où il a été hospitalisé dans la soirée. Les infirmières ont demandé à leurs collègues travailleurs sociaux de commander d'urgence une carte d'assurance maladie temporaire. Le jour suivant, l'infirmière du CSSS a téléphoné à Paul et lui a demandé s'il acceptait qu'elle communique avec son infirmière soignante afin de l'informer de sa situation de santé générale, incluant sa situation psychosociale. L'infirmière du CSSS craignait que Paul ne présente des symptômes de sevrage à l'alcool et ne cherche à quitter l'hôpital. Paul a donné son accord pour que sa médication psychiatrique soit réévaluée et pour rencontrer une travailleuse sociale. Il était aussi d'accord pour discuter d'une éventuelle thérapie dans un centre de désintoxication après son hospitalisation. Au cours de son hospitalisation, Paul a dû subir l'amputation d'un orteil et une greffe de peau. Aux yeux des infirmières du CSSS, il apparaissait déprimé et très affecté par les conséquences de ses engelures. "J'ai encore perdu quelque chose", répétait-il souvent. L'équipe hospitalière n'a pourtant pas vu la nécessité de lui accorder un soutien psychologique particulier, ni de faire une demande de consultation en psychiatrie. Son hospitalisation a duré plus d'un mois, au cours de laquelle il a reçu d'excellents soins pour son pied. À la requête des infirmières du CSSS et de Paul, celui-ci a finalement rencontré une travailleuse sociale vers la fin de son séjour. L'Equipe- Itinérance a repris le suivi tant social que médical de Paul. Entre-temps, les infirmières, en partenariat avec le patient, ont entrepris des démarches et formulé une plainte pour dénoncer les préjudices subis par le patient à la suite de son congé précoce de l'urgence du centre hospitalier, au moment de son hospitalisation du temps des fêtes (parce qu'il n'avait pas sa carte d'assurance maladie).

Cette histoire illustre bien l'approche de réduction des méfaits préconisée par les infirmières de l'Èquipe-Itinérance. Elle permet aussi de constater les difficultés relatives à la continuité des services pour les personnes itinérantes atteintes de troubles concomitants dont la complexité constitue un défi majeur pour la pratique infirmière. Il faut alors pouvoir dresser un portrait global de la situation et identifier des étapes et des priorités pour une intervention qui se déroule toujours dans un contexte incertain.

 
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