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LOGEMENT ET ITINÉRANCE

La question du logement a un lien direct avec l'itinérance, cela va de soi. La crise permanente du logement doit être comprise comme une "crise structurelle, puisqu'elle renvoie à la façon même dont est organisée l'offre de logement dans notre société et à l'exclusion qu'elle provoque d'une partie de la population qui n'a pas les moyens de se procurer ce qui est considéré comme une simple marchandise" (FRAPRU, 2006, p. 2).

Cette crise permanente est un facteur d'itinérance à un double titre: elle conduit des gens à la rue et, pour celles qui s'y trouvent, la sortie est de plus en plus difficile.

Depuis l'Année internationale du logement des sans-abri, en 1987, au Québec, la définition de l'itinérance comprend, parmi ses caractéristiques, l'absence de toit ou l'instabilité résidentielle.

En effet, une personne itinérante est celle qui:

n'a pas d'adresse fixe et [ni] l'assurance d'un logement stable, sécuritaire et salubre pour les jours à venir; a un revenu très faible; une accessibilité souvent [marquée par la] discrimination à son égard de la part des services publics; des problèmes soit de santé mentale, d'alcoolisme et/ou de toxicomanie et/ou de désorganisation sociale et est dépourvue de groupe d'appartenance stable[1].

Cette définition, datant de 1987, demeure valable. Elle a été reprise par les acteurs montréalais en itinérance au moment de l'adoption du Plan communautaire 2006 visant à baliser les modes et modalités de financement proposés par le gouvernement fédéral concernant le problème de l'itinérance. Une seule autre caractéristique y a été ajoutée: le jeu pathologique.

Au moment des débats, les mouvements sociaux intervenant sur les questions de logement et d'itinérance (groupes de défense du droit au logement, organismes œuvrant en itinérance) ont retenu cette définition malgré le fait qu'elle différencie les mal logés et les sans-abri, d'une part, et les situations d'itinérance, d'autre part, qui incluent, évidemment, la question du logement. Force est alors de constater que les réalités vécues par les populations démunies, mal logées, itinérantes, sans logis remettent en cause les définitions, les revendications et les programmes qui leur sont destinés.

Si l'on croise différentes définitions — celle de la Ville de Montréal caractérisant les ménages sans logis en 2002, celle adoptée en 1987 par la Ville et reprise par le milieu communautaire —, on trouve des similitudes. Dans chacune, on parle de pauvreté, d'instabilité résidentielle, de la forte prévalence de divers problèmes sociaux, dont la toxicomanie, la judiciarisation, etc.

Il est important de préciser que nous n'affirmons pas l'absence de distinctions entre la population itinérante et la population des sans-logis. Nous voulons cependant souligner qu'au Québec ce sont les interventions politiques qui ont accentué cette différence en proposant des réponses différentes aux besoins de logement de ces populations. Si les ménages sans logis n'ont pas tous des problèmes de dépendance, de santé mentale, d'absence de réseau stable, etc., c'est aussi le cas pour les personnes itinérantes.

DES BESOINS DIVERS

Pour répondre aux besoins de diverses personnes, les sans-logis et celles qui sont en situation itinérance, une diversité d'interventions en logement social est nécessaire. Cela dit, comment justifier la manière différente de construire le problème et les solutions apportées aux besoins concernant le logement quand on sait ce que dit la déclaration Droit de cité: "Personne ne devrait se retrouver sans-abri... il en va de notre responsabilité collective" (RSIQ, 2005).

Le logement social avec soutien communautaire est la forme d'intervention qui s'est développée, au cours des ans, auprès des personnes itinérantes. Une diversité de pratiques coexistent: création de contextes de socialisation dans les maisons de chambres existantes, développement de petits projets en dehors du centre-ville ou tout près des grands refuges, etc. En fait, les organismes communautaires, en tant qu'organismes sans but lucratif, gèrent un parc de logements composé de plus de mille appartements dans lesquels est offert un soutien communautaire. Les personnes qui ont connu la rue y trouvent un logement permanent avec un loyer abordable correspondant généralement à 25 % de leur revenu. Ils assument les responsabilités qui y sont associées: payer régulièrement le loyer, l'entretenir, s'entendre avec le voisinage, etc. La présence d'une intervenante ou d'un intervenant est alors importante. Cela permet de régler les conflits qui surgissent, de favoriser une bonne insertion des personnes visées et d'assurer ainsi leur stabilité en logement.

La demande en habitations à loyer modique (HLM) [2] est grande, car de nombreuses personnes sont actuellement privées de l'accès à un toit décent à un prix abordable. Déjà, depuis plusieurs années, l'Office municipal d'habitation loge de telles personnes. Dans son parc de logements comprenant 22 000 appartements, les personnes seules sont parmi celles qui sont privilégiées. Dans certains cas, l'Office a conclu des ententes avec des groupes communautaires pour s'assurer qu'un soutien communautaire est apporté aux personnes qui en ont besoin.

Non seulement l'obtention d'un HLM permet aux personnes dans le besoin d'avoir un logement stable, elle leur permet aussi de se retrouver dans un milieu mixte et non entre pairs (personnes ayant connu la rue, la dépendance, ayant des problèmes de santé mentale) et d'échapper un tant soit peu à l'étiquetage et à la stigmatisation qui caractérisent souvent ces situations. Ce désir de vivre dans un certain anonymat est régulièrement évoqué par les personnes en situation d'itinérance.

Par ailleurs, le soutien communautaire qui permet d'assurer la stabilité dans un logement n'est pas le propre de la population itinérante. En effet, si l'on s'intéresse aux ménages sans logis (à un certain moment) qui ont pu bénéficier d'un logement subventionné, plus de 40 % de ceux-ci avaient quitté les lieux après seulement deux ans (DiChiario, 2002, p. 18).

Cela s'explique en partie par la mauvaise qualité des logements loués et par le secteur de localisation. Mais force est d'admettre que ce taux de stabilité en logement est très bas. Il est de fait inférieur à celui des

organismes sans but lucratif (OSBL) qui logent des personnes itinérantes. On peut donc affirmer que, dans ce cas, l'offre de soutien communautaire est déterminante.

  • [1] Définition adoptée par le RAPSIM en 1990, d'après celle retenue par le Comité des sans-abri de la ville de Montréal en 1987. Cette définition a aussi été reprise par le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec.
  • [2] Au Québec, HLM est utilisé au masculin, même si l'on parle d'une habitation à loyer modique.
 
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