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DES FACTEURS CONVERGENTS

Entre le clochard alcoolique et l'usagère de drogue injectable qui se retrouvent à la rue et des locataires démunis qui se retrouvent sans logis, des différences sensibles apparaissent. Les besoins reconnus dans ces divers cas de figure sont influencés par des facteurs structurels.

Le premier de ces facteurs est le logement. En rattrapant la réalité du marché immobilier canadien, l'accessibilité au marché québécois s'est rétrécie davantage pour les exclus. En effet, il est devenu quasi impossible de se trouver une chambre ou un logement à prix abordable dans plusieurs villes du Québec. On le sait maintenant, cette réalité perdurera même si les taux d'inoccupation des logements locatifs augmenteront. Plus encore, le nombre de logements à bas prix ne bougera pas. En effet, le stock de ces logements ayant diminué, il est largement inférieur au nombre de ménages à faible revenu qui en aurait besoin.

Un deuxième facteur important est l'appauvrissement des plus démunis. La fin des années 1990 et le début des années 2000 ont été marqués par une période de croissance économique qui a, entre autres, renfloué les coffres de l'État. Les différents gouvernements en place au Canada, caractérisés par une politique néolibérale, ont adopté des mesures qui ont favorisé l'accroissement des écarts entre les pauvres et les riches.

Dans son budget 2000-2001, le ministre canadien des Finances, monsieur Paul Martin, a accordé 95 milliards de dollars de réduction de l'impôt sur le revenu pour une période de cinq ans. Cette mesure ne touche cependant pas le tiers de la population qui est la plus pauvre, car celle-ci ne paie pas d'impôt; ce sont donc des revenus qui lui ont échappé. Néanmoins, cette population a souffert de la baisse de prestations des programmes d'aide sociale et de chômage, conséquence de l'abolition du Régime d'assurance publique du Canada et du Régime d'assurance-chômage du Canada.

De plus, le seuil de couverture des besoins essentiels a diminué, de 41 % à 33%, pour une personne seule vivant de l'aide sociale et classée comme étant apte au travail (à Montréal). Très concrètement, en se basant sur le coût moyen d'un appartement de trois pièces et demie, le revenu disponible, une fois le loyer payé et les dépenses liées à la nourriture, à la santé, aux vêtements, au transport soustraites, est de 8 $ par mois (RSIQ, 2004, p. 3).

Le rapprochement entre les situations en ce qui concerne le logement pour les personnes itinérantes et celles des sans-logis se vérifie aussi, depuis plusieurs années, dans les grandes villes canadiennes à l'ouest du Québec, où l'on observe une augmentation du nombre de familles, de travailleurs et travailleuses et d'enfants dans les refuges.

Ainsi, tout près du Québec, dans la ville d'Ottawa, les refuges peuvent accueillir mille personnes. On y a réservé 250 lits aux familles. Les enfants représentaient 12 % des personnes itinérantes accueillies dans ces lieux en 2004 (Alliance pour mettre un terme à l'itinérance, 2005).

Cette réalité se vit aussi au Québec, dans la région de Gatineau. Cependant, le réseau des ressources en itinérance travaille dans une optique un peu différente et cherche, par les mesures proposées, à atténuer les différences que nous avons évoquées ici. Ainsi, en juin 2006, on inaugurait un projet de logement social avec soutien communautaire qui offre aussi bien des logements permanents à des locataires démunis et à des personnes ayant vécu des périodes d'itinérance que des logements temporaires à des ménages se retrouvant sans logis.

EN GUISE DE CONCLUSION

La réalité de l'itinérance est complexe et peut-être encore davantage dans les grands centres comme Montréal où l'on retrouve ce que l'on appellerait des cultures de la rue. Elle s'est aggravée avec la crise du logement, au début des années 2000. Cette nouvelle réalité force à interroger non seulement les définitions, mais aussi les stratégies, les politiques, les programmes et les revendications des organisations de défense de droits pour arriver à penser des solutions renouvelées.

Jusqu'à présent, tous ces changements, tant ceux liés aux réalités des personnes que ceux associés aux caractéristiques des différents programmes d'aide, n'ont pas transformé les interventions des groupes. Des alliances se font ou se refont cependant dans des dossiers comme celui du développement ou du maintien des maisons de chambres ou du financement du soutien communautaire. Les interventions de l'Etat, particulièrement en matière de planification des services de santé, peuvent être analysées comme une tentative de contrôler le logement social pour répondre uniquement aux besoins en santé et pour faire face aux impacts d'une nouvelle vague de désinstitutionnalisation. Cela dit, au-delà des réalités différentes, bien que parfois semblables, le besoin fondamental d'un toit nécessite une intervention politique forte et commune pour garantir ce droit aux exclus.

 
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