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Les "INGRÉDIENTS" DE BASE

J'ai retenu cinq "ingrédients" de base qui conditionnent la réussite du système d'hébergement d'urgence sociale: la ressource d'hébergement, l'équipe d'intervention, l'approche, les alliances et les solutions durables en dehors du système d'urgence.

13.3.4.1. La ressource d'hébergement

La ressource d'hébergement est un élément crucial dans le fonctionnement du système.

Le bâtiment dont nous disposons est divisé en trois grandes parties. La première est la résidence d'hébergement, la seconde est la partie réservée à l'administration et, entre les deux, se trouve la cuisine. Ainsi, on élimine la circulation liée à l'administration à l'intérieur de la résidence. La résidence d'hébergement est divisée en différents espaces. Le premier, réservé à l'accueil, comprend trois pièces: une pour l'accueil proprement dit, une pour l'hébergement d'individus présentant des risques particuliers et une pour les rencontres. Au rez-de-chaussée, nous avons un espace d'hébergement de quatre chambres pour deux personnes, donc huit lits. À l'étage, nous avons un espace d'hébergement pour hommes et pour femmes comprenant six chambres individuelles pour les hommes et deux chambres, aussi à occupation simple, pour les femmes. Au sous-sol, il y a une salle de séjour et une chambre avec deux lits que nous utilisons lorsque c'est complet, ce qui est très rare depuis quelques années. Au rez-de-chaussée, il y a un fumoir, le seul endroit où les résidants sont autorisés à fumer dans la résidence. La résidence est aussi adaptée pour les personnes à mobilité réduite. En résumé, elle comprend une chambre d'accueil sécuritaire pour les risques particuliers, quatorze lits pour hommes, dont six en chambres individuelles, deux chambres pour les femmes et deux lits d'appoint au sous-sol.

13.3.4.2. L'équipe

L'équipe d'intervention est formée d'hommes et de femmes. Ils ont une formation collégiale ou universitaire. Nous travaillons en interdisciplinarité à partir de notre approche d'urgence sociale. Le jour, durant la semaine, trois intervenants mobiles peuvent se déplacer au besoin. Le soir et les fins de semaine, un intervenant fait le travail soutenu par un accompagnateur bénévole. La nuit, les intervenants sont seuls.

13.3.4.3. L'approche

L'approche se structure autour de quatre dimensions qui constituent, chaque fois, des défis à relever: sécuriser la situation, identifier et régler les problèmes, encadrer l'individu et l'accompagner.

Intervenir, c'est d'abord sécuriser la situation. Il nous faut considérer tous les éléments nécessaires pour atteindre cet objectif. Si la situation requiert une intervention médicale ou policière nous nous assurons que ce sera fait. Autrement, nous assumons l'entière responsabilité des actions nécessaires pour sécuriser rapidement la situation. Si nous n'y parvenons pas, nous ne pouvons aller plus loin.

Mais, intervenir, c'est aussi et surtout fixer des objectifs à atteindre et assurer un suivi afin de sortir le plus rapidement possible de l'impasse de la situation d'urgence. C'est le cœur de l'intervention et ce travail est fait en équipe. Evidemment, les situations sont complexes et les demandes nombreuses. Pour faciliter ce travail, nous avons développé Le Scribe. Il s'agit d'un logiciel d'intervention construit dans une perspective de résolution de problèmes facilitant le travail en équipe. Ainsi, tous les membres de l'équipe ont accès en temps réel aux suivis des interventions et peuvent interagir avec les autres rapidement. Nous pouvons ainsi être beaucoup plus efficaces; il n'y a pas d'informations perdues.

Tout au long de ce processus, il faut aider l'individu à se situer en fonction des limites de notre ressource et du processus dans lequel il est engagé. Dès le départ, la personne doit avoir une compréhension claire des attentes du milieu à son égard; cette compréhension est nécessaire pour que la personne puisse se situer et envisager sa sortie de l'impasse où elle se trouve. Encadrer l'individu consiste fondamentalement et positivement, avant toutes mesures disciplinaires, à aider quelqu'un à se situer dans l'horizon d'attente du monde dans lequel il se trouve. Un centre d'hébergement d'urgence n'est pas un hôtel gratuit. L'encadrement sécurise les individus et leur rappelle qu'ils sont dans un lieu d'intervention d'urgence.

Mais tout cela est difficile pour la personne appelée à faire face à sa situation et à regarder vers l'avenir. Pour plusieurs, cette expérience peut être très angoissante. Intervenir et encadrer est ici insuffisant; il faut aussi accompagner les personnes. Et accompagner quelqu'un ne se résume pas à intervenir dans une situation spécifique ou à l'encadrer pour l'aider à se situer; c'est soutenir sa présence, son engagement à l'égard de sa propre vie.

13.3.4.4. Les alliances

On le voit aisément, cette approche d'accompagnement exige des interfaces avec l'environnement: les milieux correctionnels, judiciaires, hospitaliers, communautaires, privés, etc. Le développement d'une action fluide dans un environnement mouvant est très complexe; il doit s'appuyer sur une volonté ferme, une vision claire de sa nécessité et une compréhension des contraintes et possibilités des partenaires. Un réseau ouvert à la complexité n'est pas une structure stable sur laquelle on peut s'appuyer mais une aire de circulation qui peut être fluide, engorgée ou bloquée. Une telle structure n'est toutefois jamais totalement acquise; on peut et on doit baliser des passages par des protocoles et des liens de collaboration, mais ceux-ci ne sont jamais que des repères plus stables dans un environnement qui, lui, continue d'être en mouvance. La réalité de l'urgence sociale c'est d'être en lien avec un environnement complexe.

13.3.4.5. Les solutions durables

De nombreuses situations (certainement la majorité) peuvent et doivent se régler par une intervention d'urgence bien menée. Mais, malheureusement, dans certains cas, cela ne fonctionne pas; nous n'arrivons pas à identifier et à réunir les conditions qui permettraient à certains individus, particulièrement fragiles et vulnérables, de trouver en eux la capacité de sortir de l'urgence et surtout de s'y maintenir. Ils représentent probablement de 5 % à 10% des gens qui viennent en hébergement. Il faut créer pour eux des situations favorables en dehors de l'urgence; à défaut de quoi, ils "habitent" les systèmes d'urgence. Ils ne sont pas là de passage, mais y demeurent. Comment faire face à cette situation? Plusieurs solutions se sont imposées. Avec différents partenaires nous avons d'abord créé un organisme chargé de développer des activités de travail pour les individus qui ne pourraient raisonnablement intégrer le marché du travail salarié. Aujourd'hui, le Service Intégration Travail administre quatre points de services dans la région. Puis, sur le même modèle et avec les mêmes principes, nous avons aussi mis sur pied un organisme voué au logement, le Réseau d'habitation communautaire de la Mauricie; nous disposons donc ainsi, actuellement, de cinquante logements. Nous avons aussi développé un journal de rue, La Galère, en partenariat avec l'organisme de travail de rue de Trois-Rivières, Point de rue. Enfin, nous avons créé un regroupement qui rassemble les organismes rattachés à l'urgence sociale: la Corporation Parapluie en urgence sociale de Trois-Rivières.

Figure 13.3

Admissions

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