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NOS RECHERCHES SUR L'ITINÉRANCE ET L'INSTABILITÉ RÉSIDENTIELLE DANS LES LAURENTIDES

Le TERRITOIRE

La grande région des Laurentides forme un territoire de près de 21 562 km2, regroupant 79 municipalités réparties dans huit municipalités régionales de comté (MRC): Sainte-Thérèse-de-Blainville, Deux-Montagnes, Mirabel, Rivière-du-Nord, Argenteuil, Pays-d'en-Haut, Laurentides et Antoine-Labelle. La partie rurale des Laurentides [1] est essentiellement constituée par les territoires situés au nord de Saint-Jérôme (MRC d'Antoine-Labelle, des Laurentides, des Pays-d'en-Haut, d'Argenteuil).

La région rurale se situe dans le nord-ouest du Québec, immédiatement au nord-ouest de Saint-Jérôme. Elle est bordée par l'Abitibi au nord, Lanaudière à l'est, l'Outaouais à l'ouest et la partie urbaine et semi-urbaine des Laurentides au sud. Sa population s'élève à 140 000 habitants sur un territoire de 20 192 km2. Il n'y a donc pas que le paysage qui change quand on sillonne la route 117 de Montréal à Mont-Laurier; selon Statistique Canada, la densité de la population décroît et l'indice de richesse passe de "très favorisée" (à proximité de Montréal) à "très défavorisée" (dans les régions rurales au nord de Saint-Jérôme). Tous les autres indicateurs (économiques, sociaux, psychologiques...) vont dans le même sens: du meilleur (autour de Montréal) au pire (la région rurale des Laurentides).

Les Laurentides constituent la seule région au Québec, avec Montréal, où l'on prévoit une croissance démographique significative au cours des dix prochaines années et cela sur l'ensemble du territoire, incluant donc aussi sa partie rurale. Cependant, en milieu rural, de plus en plus de personnes et de familles n'arrivent pas à se sortir d'une situation financière difficile et à subvenir à leurs besoins; on note un fort taux de décrochage scolaire, de suicide, de signalement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et une baisse du niveau de confort des familles en général et monoparentales en particulier. Plusieurs personnes de la région, interrogées lors de nos récentes études sur le territoire des Laurentides, nous ont parlé de la contrepartie du développement et de la croissance de la région: pressions à la hausse sur la valeur des propriétés et le coût des loyers, emplois saisonniers et précaires, salaire minimum, absence de transport en commun. Toutes ces réalités nouvelles semblent exercer une pression considérable sur la région et sur ses habitants.

Les approches privilégiées

Dans la présente section, nous tenterons d'illustrer la question de l'itinérance rurale à partir de trois recherches que nous avons menées de 2002 à 2006 sur le territoire des Laurentides. La première recherche (Carie et Bélanger-Dion, 2003) s'est inscrite dans le cadre du programme fédéral Initiatives de partenariats en action communautaire (IPAC) et portait sur le phénomène de l'itinérance et des personnes sans abri dans la vaste région des Laurentides, au nord de Montréal. Cette recherche couvrait des zones urbaines et semi-urbaines (évidemment à proximité de Montréal) et la zone rurale. Le deuxième projet (Carie et Bélanger-Dion, 2005), financé par le Secrétariat national pour les sans-abri, visait à documenter la question des cycles de l'itinérance en tentant d'identifier les facteurs, tant structuraux qu'individuels, qui favorisent le maintien des personnes itinérantes et en instabilité résidentielle dans ces conditions de vie précaires. Enfin, le troisième projet (Carie et Bélanger-Dion, 2006), financé par l'Initiative nationale pour les sans-abri, s'attardait à explorer les différentes réalités que vivent les jeunes en situation d'urgence sociale sur le territoire. Ces deux dernières recherches se sont exclusivement intéressées au territoire rural des Laurentides, de Saint-Jérôme au sud à Mont-Laurier au nord. Nos recherches nous ont amenés à rencontrer environ 200 organismes et intervenants sur le territoire susceptibles d'entrer en contact avec une population sans domicile fixe ou en grande instabilité résidentielle[2]. Ce grand nombre d'intervenants peut donner à penser que de très nombreux services existent pour ces personnes sur le territoire nord des Laurentides. Mais la réalité n'est pas si idyllique. Depuis notre première recherche, en 2002, le nombre de lits pour accueillir des personnes sans abri dans le nord des Laurentides n'a cessé de diminuer[3]. On compte actuellement moins de 10 lits destinés aux personnes sans abri sur le territoire nord des Laurentides et la situation était déjà, il y a quatre ans, jugée totalement inadéquate selon les intervenants.

Des entrevues individuelles et de groupe, habituellement semi-dirigées, ont également été réalisées auprès d'une centaine de personnes vivant l'itinérance ou une grande instabilité résidentielle et ayant un lien avec le territoire rural des Laurentides; ces personnes ont été rencontrées grâce aux organismes sollicités. Sur la centaine de personnes rencontrées, on notait une prévalence d'hommes (70%); l'âge moyen était de 38 ans (le plus jeune avait 18 ans et le plus âgé, 79). Pour les femmes, l'âge moyen était de 39 ans (la plus jeune avait 18 ans et la plus âgée en avait 68). Pour ce qui est de la question spécifique des jeunes, nous avons choisi d'inclure les jeunes de 18 à 35 ans, ce qui semble correspondre à la définition de "jeunes" pour la majorité des organismes de la région.

  • [1] En accord avec la définition généralement admise: "la définition à retenir doit être déterminée par la question à examiner; toutefois, si nous devions recommander une définition comme point de départ ou point de repère pour comprendre ce qu'est la population rurale du Canada, ce serait la définition de “région rurale et petite ville”. Elle désigne la population qui vit dans les villes et municipalités situées à l'extérieur des zones de migration quotidienne des grands centres urbains" (c.-à-d. ceux qui comptent 10 000 habitants ou plus) (Du Plessis, 2001, p. 1). Notons aussi que toutes ces régions ont un "arrière-pays" beaucoup moins densément peuplé.
  • [2] Parmi eux: les maisons offrant de l'hébergement temporaire ou d'urgence; les banques alimentaires; les banques vestimentaires; les agents d'aide sociale; les travailleurs sociaux; les services de soins et de soutien à domicile; les agents du centre local d'emploi; les services hospitaliers de santé (médecins, infirmières, nutritionnistes...); les services psychologiques des CLSC et autres; les services psychiatriques des hôpitaux et autres; les lignes d'écoute et les centres de crise; les nombreux centres de thérapie, privés, publics ou communautaires; les divers groupes anonymes de la région (Alcooliques Anonymes, Narcotiques Anonymes, Dépendants Affectifs Anonymes, Gamblers Anonymes...); les cuisines collectives; les écoles et les commissions scolaires; les églises, sectes et maisons de prière; plusieurs organismes offrant des services aux personnes seules, aux personnes dans le besoin (sorties, popottes, cafés-rencontres...); plusieurs organismes offrant des ateliers et des formations diverses (relations parents-enfants, apprendre à se découvrir...); les maisons des jeunes (quand l'âge le permet); divers bureaux gouvernementaux (Société de l'assurance automobile du Québec [SAAQ], Indemnisation des victimes d'actes criminels [IVAC], Commission de la santé et de la sécurité du travail [CSST], Régie des rentes du Québec [RRQ]...).
  • [3] Notamment par la fermeture de la Maison Le Phare de Saint-Jérôme en 2004, des centres L'Archer et L'Equilibre, respectivement de Sainte-Adèle et de Lanthier, en 2004 aussi.
 
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